Franck Sérot, pour l’amour de ses terres

Près de la commune de Caulnes, une route sinueuse nous fait traverser la campagne. La ferme se situe derrière une belle longère en pierre aux volets rouge rubis. Ce matin-là, le crachin breton assombrit le ciel et les pâtures sont recouvertes d’une fine pluie de printemps. Le temps est mauvais et pourtant pas de quoi entamer le moral de Franck. Cotte sur le dos et bottes au pied, il nous accueille avec un large sourire et sait directement mettre à l’aise son invité. Agriculteur depuis 1987, il s’occupe d’une exploitation de vaches laitières, une histoire de famille. « Cette maison connait sa 4ème génération d’agriculteurs, ma femme s’est renseignée, et on pratiquerait ce métier depuis le 17ème siècle ».

Il est donc tombé dedans tout petit. Occasionnellement, il aidait son père sur l’exploitation, notamment pendant la traite, les moissons, et puis après mûre réflexion, il a signé pour la continuité… « J’ai été un peu conditionné pour reprendre la ferme. C’était comme une évidence. «

Son cheptel compte 85 bêtes, des Prim’Holstein ou encore des Normandes… Il aime les chérir : « Ce que j’apprécie le plus dans ce métier, c’est le contact avec mes animaux. Avoir ce côté intime avec eux me fait beaucoup de bien ».  Contrairement à de nombreux autres paysans, Franck Sérot est resté sur un modèle moins « clinquant » comme il aime le définir. Pour lui, il est « essentiel de devenir agriculteur en fonction de ce qui te correspond, être soi-même avant tout ». Peu de gros tracteurs et pas d’étables s’étendant sur des centaines de mètres comme on pourrait l’imaginer, non. Il ne compte que ses 85 vaches en tout, qui suffisent amplement à son bonheur.

« On est la cinquième roue du carrosse »

Malgré les difficultés actuelles, Franck continue d’aimer son métier. Les manifestations, il n’a pas voulu y prendre part, « trop pacifistes et pas rentre-dedans ». Il comprend cependant la colère qui anime ses confrères. « Désormais pour produire la même chose cela nous coûte plus cher et nous rapporte moins, on est la cinquième roue du carrosse ».

Si ces derniers temps, la politique de l’Union européenne est très décriée, il préfère en retenir les bons aspects.  « L’Europe reste positive. A ses débuts, elle a beaucoup aidé le milieu agricole et on s’est développés très rapidement. Aujourd’hui, le système est tout simplement en bout de course. Il nous pénalise plus et nous avantage moins ».

En cause, les normes et les règles qui sont de plus en plus strictes, accentuant la pression sur une profession déjà suffisamment difficile. Tout est scruté, parfois à l’excès « Quelque fois, ceux qui contrôlent ne connaissent rien à l’agriculture, il se fichent de savoir que c’est difficile pour nous aussi ». Même s’il constate les nombreuses failles de l’UE, Franck relativise : « En Angleterre, les exploitants souffrent terriblement depuis le Brexit. Vous leur proposez de revenir, je suis certain qu’aucun ne broncherait ».  Car oui devenir agriculteur est de plus en plus compliqué, et lorsque l’on rentre dans la profession, il faut savoir à quoi s’attendre, savoir à quoi nous allons être confrontés. « Ici plus qu’ailleurs, tes choix ne sont jamais anodins, prévient Franck, c’est un métier où on a la tête dans le guidon. Je ne m’attendais pas à ce que ce soit si compliqué ».

Le constat est là, nombreux sont ceux qui quittent le navire par manque d’argent, de temps et de force… Tout simplement à bout. Franck le remarque amèrement « Beaucoup ont arrêté le métier en cours de route, à mes débuts ça ne se voyait jamais, et pour le vivre au quotidien, je le comprends. Comme je suis en fin de carrière je me sens moins impacté par tout ça »

La retraite à l’horizon

D’ici peu, Franck quittera la ferme. La retraite, elle est forcément déjà dans un coin de sa tête. Des années de sacrifices certes, mais qu’il ne regrette pour rien au monde. Après son départ, il continuera de vivre dans sa longère familiale et surtout à deux pas de sa ferme. Il y passera de temps à autre, la passion restera intacte quoi qu’il arrive. Néanmoins pour la première fois, l’exploitation n’aura pas de repreneur dans la famille Sérot. Ses fils ont pris un autre chemin… « Je n’ai peut-être pas su transmettre cette fibre agricole à mes enfants. J’ai beaucoup couru à droite à gauche et ils ne voulaient sans doute pas vivre ça ». Malgré tout, il reste serein, confiant comme il l’a toujours été. Pour faire ce métier, il faut savoir se munir d’un mental d’acier, ce à quoi Franck Sérot a su s’armer. « Je n’ai jamais douté, et ça m’a peut-être sauvé pour continuer ».

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