« Lita » Dupau, et si la comédie musicale avait encore de beaux jours devant elle ?

DANSE AVEC TES REVES

Lisa Dupau, 22 ans, est la réalisatrice de la comédie musicale « Mona », l’un des deux films de fin d’année de l’école de cinéma nantaise Cinécreatis. Le processus de création, la recherche artistique, qu’est- ce que devenir une artiste, sont pour elle autant de questionnements…  Lita, se confie.

Derrière le choix d’un prénom se cache une histoire. La volonté d’être, de demeurer dans le temps. Il y a celui qu’on nous donne, celui qu’on s’attribue ou encore celui qu’on adopte… Pour la blague, pour la sonorité ou pour assouvir une quête d’identité. Une chose est sûre, il y a un âge où l’on cherche tous à se trouver. La vie nous offre cette opportunité, ce court moment, et on ressent le devoir de ne pas gâcher notre chance.  Pour Lita, cette étincelle s’est peut-être jouée lors d’une fin de concert aux Francofolies de La Rochelle. Orelsan, le célèbre rappeur français, rencontrait ses fans. Parmi eux, Lisa attendait, parmi tant d’autres, la rencontre, la dédicace, le graal pour tous les admirateurs. C’est en écorchant et griffonnant le prénom de cette dernière pour un autographe qu’il lui lance : « Désormais, ce sera Lita » pour la carte blanche d’une identité en devenir.

La rencontre avec le cinéma

Le 7ème art n’était a priori pas une évidence pour la jeune femme. Lisa Dupau naît à Toulouse dans une famille peu cinéphile, son enfance est rythmée par les films d’animation Disney. « Je n’ai pas été élevée en allant tout le temps au cinéma. À la maison, je regardais les mêmes films en boucle. » Comme beaucoup de petites filles, la jeune Lisa torture ses parents avec les musiques de dessins animés. Puis, plus tard, la révélation, lorsqu’un beau jour son père la pousse à regarder Sister Act. « Il m’a dit : “Tu verras, c’est bien, il y a aussi de la musique.” » Lisa devient fan… Immédiatement et les films de comédies musicales deviennent une véritable passion. « Le cinéma et la musique sont deux formes d’art qui me touchent beaucoup. Si on y rajoute de la danse, c’est que du bonheur ! »

« Si tu veux faire des films, tu as juste besoin d’un truc qui filme » Orelsan, Notes pour trop tard, 2017.

 « Il m’a fallu du temps pour me dire que c’était possible. On a tendance à penser que le cinéma est un domaine inaccessible ». Et c’est sans réel bagage mais avec des centaines d’heures de films visionnées, sans expérience mais avec plus d’envie et de passion que quiconque que Lita se lance dans des études de cinéma. L’école Cinécreatis située sur l’île de Nantes est séduite par son profil. Elle, l’amoureuse des comédies musicales, dans la ville de Jacques Demy. Comme une évidence ? Lors de cette formation, elle enchaîne les projets et insuffle doucement le genre de la comédie musicale dans l’esprit des élèves de sa promotion. Au départ réticent, ils sont surpris de prendre du plaisir sur le plateau de tournage. Les chansons entêtantes rendent le travail plus convivial et le résultat est une véritable réussite.

« Je ne comprends pas pourquoi les Français rejettent la comédie musicale. On ne la considère pas comme crédible, alors qu’elle peut l’être. (…) En France, on se prend trop au sérieux dans notre relation au cinéma, alors que les films qui marchent le plus sont les films avec Christian Clavier. »

Aujourd’hui en dernière année, Lita est épanouie et ne regrette pas son choix. Elle a trouvé sa voieEst-ce le cinéma qui est venu à elle, ou est-ce elle qui est allée vers le cinéma ? Quoi qu’il en soit, c’est une belle rencontre. « J’ai la chance inouïe de réaliser ma passion tous les jours avec mes amis. »

Sélectionnée pour être la réalisatrice de « Mona », l’un des deux films de fin d’études de son école, elle a à cœur d’être le porte-drapeau d’un genre sous-exposé. Réaliser une comédie musicale est autant un challenge qu’une chance qu’elle ne veut pas manquer. « Je suis à fond dans le travail. J’ai mis ma vie en pause pour Mona. Je suis à l’école de 7h45 à 20h, mais par pur plaisir. »

Le pitch

Dans cette comédie musicale, les deux personnages principaux sont inspirés de l’histoire de la jeune réalisatrice. « Mona raconte la rencontre entre Max et Mona, deux artistes que tout oppose. » Max dessine, elle est timide et se réfugie dans l’art, tandis que Mona est une chanteuse plus extravertie. La jeune réalisatrice a construit le personnage de Mona comme la femme qu’elle aspire à être. Le genre de fille qui motive ses amis, qui les pousse à faire du bruit, à montrer au monde tout l’étendue de leur talent. « Le temps d’une journée, Mona va vouloir sortir Max de sa zone de confort pour lui montrer qu’elle a du potentiel et que l’art a un pouvoir incroyable. »

En endossant le rôle de réalisatrice, Lita touche au but. « Mon travail, c’est avant tout de motiver l’équipe de tournage. »

Il est certain que Lita a mis beaucoup d’elle-même dans le personnage de Max, car au départ, elle imaginait son avenir le crayon à la main.

En effet, en sortant du lycée, c’est vers une école d’art que Lita s’est tournée. Elle y reste deux ans et la décrit comme une mauvaise passe, une expérience décevante. Et c’est en pleine période Covid, qu’elle prend de plein fouet l’inévitable isolement mais également un esprit de compétition insufflé par l’école qui ne lui convient pas. Seule dans une nouvelle ville, les films deviennent son seul moyen de s’évader et de fuir le quotidien.

« C’était devenu une obsession. Je séchais les cours pour regarder des films. La passion était tellement débordante qu’elle m’a donné envie d’agir. J’avais ce besoin de ne plus rester spectatrice. »

Rêve accompli et mission quasi achevée…  « Mona », dont l’avant-première est prévue début juillet 2024, se tourne en ce moment à Nantes. Le court métrage devrait faire le tour des festivals pendant quelques mois avant de sortir pour le grand public. « L’objectif n’est pas de gagner des prix, mais plutôt la visibilité que cela peut donner aux membres de l’équipe. »

Et après l’école ? Que faire ?

Après cette année folle, remplie d’émotions, Lita compte bien prendre le temps de souffler et souhaite humblement travailler sous la direction de quelqu’un. « J’aimerais partir à l’étranger. Mon rêve est de travailler dans les décors et les costumes pour le théâtre et la comédie musicale, en Angleterre ou ailleurs. »

Il est sans doute qu’entre le cinéma et Lita, ce ne sera qu’un au revoir, autrement dit un « à plus tard ». « Me connaissant, je voudrais faire plein de choses, mais aurais-je l’audace de me lancer sans l’école ? J’aurai l’envie de refaire des films de comédie musicale, aux thématiques sûrement un peu plus sombres et avec plus de temps pour se préparer. »

Incontestablement, Lita n’est pas un surnom mais une signature, l’identité artistique d’une jeune femme qui se découvre et qui, depuis peu, sait ce qu’elle souhaite devenir.

Lita, c’est Max, Mona, moi ou n’importe qui. C’est la voix d’une jeunesse talentueuse, parfois un peu perdue, déboussolée, mais qui finit par trouver sa raison d’être.

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