MÉLANIE AUFFRET : L’AUTHENTICITÉ DU CINÉMA FRANÇAIS

En juin 2019 « Roxane », le premier long métrage réalisé par Mélanie Auffret sortait au cinéma. Très attachée à sa Bretagne natale, la jeune réalisatrice accorde une attention particulière à l’authenticité du 7ème art.

 

Travailler dans le cinéma a-t-il été une évidence pour vous ?

J’ai toujours eu envie de travailler dans le cinéma. Cependant, cela me paraissait lointain et inaccessible car mes parents ne font pas partie de ce milieu. Ma mère est enseignante et mon père travaille dans les assurances. En plus, habitant en Bretagne, je me disais que je ne pourrais jamais y avoir accès mais en réalité, j’en rêvais.

 

Quels ont été vos débuts dans ce milieu ?

Après l’obtention de mon bac, j’ai effectué un IUT technique de commercialisation à Vannes. Ensuite, je suis allée à Paris pour commencer une école de théâtre mais ce n’était pas une révélation. Ma participation à Génération Court, un festival de court métrage organisé par la ville d’Aubervilliers a réellement marqué mes débuts dans le cinéma. En 2016, j’ai remporté le Grand Prix EICAR. A la clé, j’ai profité d’une formation de réalisateur gratuite dans une école privée et bien sûr, la réalisation de mon propre court métrage. J’y ai découvert l’ambiance passionnante de tournage.  Ensuite, lors de mon premier stage, j’ai appris les codes de la réalisation, c’est-à-dire être utile sans être vu. Au tout début, je rendais surtout des services à l’équipe de tournage. Je faisais partie des petites mains mais je contribuais à la création du film et j’ai trouvé cela génial.

 

Avant vos expériences sur le terrain, comment imaginiez-vous le métier de réalisatrice ?

J’ignorais la multitude de métiers qui gravitent autour du cinéma. Mais c’est encore mieux que ce que j’imaginais. En revanche, je ne pensais pas que cela demanderait autant de travail. Je voyais la réalisation comme une part abstraite du cinéma. Lorsque je regardais un film, j’avais tendance à voir davantage les comédiens que les éléments de la réalisation. Aujourd’hui, je ne peux plus regarder un film analyser et décrypter les choix de la mise en scène. Pour moi, l’authenticité d’un film réside dans les détails.

 

Quelle est l’histoire de Roxane, votre premier long métrage ?

A l’initiative de Roxane, il y a mon court métrage Soit heureuse ma poule, sorti en 2017. Un jour, j’ai reçu un appel pour me demander si j’avais une idée de long métrage pour développer ma première idée. Honnêtement, je n’en avais aucune mais j’ai affirmé l’inverse pour saisir cette opportunité. Je suis petite fille d’agriculteurs, c’est un milieu d’une profonde sincérité que j’affectionne. J’avais envie d’en parler à l’écran. L’idée de mon synopsis est venue en discutant avec un agriculteur Breton. Il récitait secrètement des poèmes à ses vaches afin de les rendre heureuses. J’ai trouvé cette histoire touchante et propre à l’image que j’ai de ce métier. Je m’en suis inspirée pour réaliser Roxane, l’histoire d’un agriculteur amoureux de ses poules qui leur récite du Cyrano de Bergerac telle une récréation, Roxane étant sa poule préférée.

 

Roxane raconte également les difficultés du monde agricole, quelles sont-elles ?

La loi du marché est difficile pour les agriculteurs et j’ai souhaité aborder ce sujet. Confronté à la fermeture imminente de son exploitation bretonne, Raymond décide de faire le buzz sur internet en reproduisant les scènes de Cyrano de Bergerac avec ses poules pour sauver son activité.

 

Le casting du film est prestigieux, comment l’avez-vous établie ?

Concernant le personnage de Raymond, l’agriculteur star du film, je n’avais aucun nom en tête en écrivant le scénario. J’ai pensé à Guillaume De Tonquédec par la suite. En revanche, pour incarner sa femme, le choix de Léa Drucker était une évidence. L’idée m’est venue en la voyant jouer à la suite dans spectacle auquel j’ai assisté à Paris. Je l’ai trouvée géniale.

 

Le film a été très bien compris en Bretagne, quel a été l’accueil à Paris ou la réalité semble éloignée du milieu agricole ?

Le film a été bien accueilli à Paris également, j’en suis contente. Je redoutais les critiques négatives dans la presse mais le public est rentré dans l’histoire bien qu’elle soit farfelue. Je désirais avant tout que le film soit authentique. Je pense que de nombreuses personnes peuvent se reconnaître en Raymond, une personne rêveuse qui s’accroche toutefois à ses objectifs.

 

Avez-vous des futurs projets de film ?

Pour mon prochain film, je ne me vois pas tourner ailleurs qu’en Bretagne, c’est mon identité, ma région. Pour le moment, je peux révéler qu’il y aura des points communs avec le précédent. Ce sera une comédie sociale qui raconte de réels soucis de société. J’aime raconter les rapports humains, montrer la campagne, les villageois et leurs liens. En revanche j’ai dû sortir de ma zone de confort et apprendre à connaitre un milieu qui ne m’étais pas familier. J’ai pris ma voiture pour partir à la rencontre de ces personnes et j’adore cela.

 

En tant que femme, avez-vous ressenti davantage de difficultés pour vous faire une place dans le cinéma ?

Non, au contraire je trouve que c’est une force. Je me suis toujours positionnée en tant que réalisatrice déterminée, j’ai été guidée par mon projet avant tout. Pour ma part, je n’ai fait que des bonnes rencontres au cours de mon film grâce à un accompagnement bienveillant.

 

Selon vous, comment le cinéma a évolué à travers les époques ?

Je pense que chaque film s’inscrit dans son époque. En termes de support, le cinéma doit se réinventer pour s’adapter aux évolutions technologiques.  Aller au cinéma est une expérience humaine qu’il faut préserver. Le cinéma Français doit également trouver sa place face au cinéma Américain, mais l’authenticité française fait sa force contrairement à l’artifice Américain.

 

Selon vous, quelle est la recette pour optimiser la réalisation d’un film ?

Avant tout, il faut s’entourer d’une équipe bienveillante pour que l’échange soit constructif entre chaque personne. Un film demande tellement d’investissement que cela est essentiel. En plus, il faut une force de conviction. Faire un film nécessite de convaincre un producteur de travailler avec soi, ainsi que les chaines, les comédiens, les techniciens. Mais le plus important est de se convaincre soi-même pour inspirer la confiance. A titre personnel, les films que je réalise traitent de sujets qui m’animent et me touchent.

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