HARCÈLEMENT SCOLAIRE : LA LOI DU PLUS FORT

De nombreux enfants souffrent de moqueries voire de harcèlement ou de violences pendant leur parcours scolaire. Comment ce phénomène est-il né, quelles personnes sont là pour les protéger de ce danger et comment surmonter cette épreuve ? Beaucoup d’interrogations pour si peu de réponses…

 

Sur le dernier rapport d’enquête rendu, le ministère de l’éducation a enregistré 700 000 cas d’élèves victimes de harcèlement dans les établissements scolaires. Plus de 50 000 sollicitations dont environ 14 000 appels ont été traitées. Avec le phénomène d’Internet, le harcèlement a pris une nouvelle ampleur puisque 55% des élèves victimes de harcèlement sont persécutés sur le Web.

André Canvel, ancien délégué ministériel en charge de la lutte et des violences dans le milieu scolaire de 2015 à 2017 a donné quelques chiffres qui confirment que le problème existe dès l’école primaire (14% victimes) puis se poursuit jusqu’au collège (12%). Pour autant, point positif, dans cette interview accordée au Monde le 9 novembre 2017, Canvel a remarqué une baisse du harcèlement scolaire dans les collèges depuis 2012, à travers une enquête publiée en 2015 sur des données de l’année 2014.

 Un phénomène qui ne date pas d’hier

Le harcèlement est un drame indéniable pour les victimes. Pour autant, certains élèves font l’amalgame entre taquinerie et harcèlement. « Parfois les élèves se sentent harcelés mais à tort, il faut faire attention à l’utilisation du mot « harcèlement ». C’est au XXème siècle qu’apparait le terme de harcèlement, il vient d’outre-manche, en 1960 où le terme « school bullying »[1] a été employé pour la première fois.

On retrouve dans l’ouvrage « Harcèlement en milieu scolaire » de Hèlène Romano une citation de Dans Olweus, psychologue suedo-norvégien qui décrypte le harcèlement sous une première version « Nous dirons qu’un enfant ou une jeune personne est victime de bullying lorsqu’un autre enfant ou jeune ou groupe de jeunes se moquent de lui ou l’insultent. Il s’agit aussi de bullying lorsqu’un enfant est menacé, battu, bousculé, enfermé dans une pièce, lorsqu’il reçoit des messages injurieux ou méchants. Ces situations peuvent durer et il est difficile pour l’enfant ou la personne en question de se défendre. »

Seulement, cette version comporte une erreur, relevée par Romano. En effet, Olweus n’insiste pas sur le fait que c’est le phénomène de répétition qui fait harcèlement et les conséquences sur la victime. C’est pourquoi, Hélène Romano donne une version plus en adéquation avec les faits « Le harcèlement scolaire correspond à tout acte intentionnel répété et commis par un individu ou un groupe d’individus sur un élève, quel que soit son âge, au moyen de mots, de gestes, d’écrans et/ou de dégradation matérielle de ses biens personnels. Ces agissements hostiles réitérés, qui relèvent de violences psychologiques, physiques, sexuelles ou matérielles, visent sans aucun bénéfice direct à blesser l’autre, à l’isoler et à le détruire psychiquement par un climat entretenu de terreur psychique »

Mais pour comprendre le harcèlement scolaire, il faut savoir de quel type de harcèlement on parle, qu’est-ce que vivent ces élèves maltraités par leurs camarades de classe. C’est que ce nous révèle Marie Claude Dewulf et Chantal Stilhart dans un dossier passionnant. Elles énumèrent donc les violences qui font écho à la définition d’Hèlène Romano dans son ouvrage. C’est à partir de 10 à 15 ans que l’enfant le plus souvent en souffrir. Ce n’est pas seulement  des joutes verbales ou des coups physiques, cela peut aussi se traduire par des stratégies où le but est d’isoler totalement la victime pour qu’elle soit vulnérable.

La question est de savoir : pourquoi un individu qui peut devenir un groupuscule peut déverser autant de haine sur une seule personne ? Les raisons sont multiples pour Dewulf et Stilhart, bien que toutes ramènent à un seul point : celui qui harcèle veut se sentir fort et commence à sentir en lui une emprise sur l’individu harcelé.

On peut le remarquer par ce qui caractérise le harcèlement scolaire. En premier lieu, le déséquilibre que peut ressentir celui qui est harcelé, un sentiment d’étouffement social de par l’intimidation provoqué par ses bourreaux. Dans un deuxième temps, Marie-Claude Dewulf et Chantal Stilhart notent la durée du harcèlement qui peut laisser des cicatrices profondes sur la personne concernée. Enfin, le dernier critère noté reste la répétition permanente des moqueries que subit l’enfant malgré les changements d’établissement scolaire (de collège à lycée).

Tous ces symptômes cités compliquent la tâche pour les psychologues car décrire la persécution incessante reste une tâche insurmontable pour des enfants/adolescents. C’est aussi une donnée à prendre en compte pour comprendre pourquoi ces élèves malmenés par leurs camarades n’ont pas l’aide nécessaire de leurs enseignants pour reconnaitre ou accepter le harcèlement au sein de leur classe.

Des enfants pas assez protégés ? 

Si certains professeurs peuvent être dépassés par la situation, selon la CPE du Lycée St Joseph de Vannes, il en va également de la responsabilité des parents de prévenir leur enfant des dangers du harcèlement. « Je dirai, qu’aujourd’hui, les parents sont plus réceptifs qu’il y a une dizaine d’année. Dans un premier temps, il y a une forme de déni des parents puis ils acceptent la situation. » Les jeunes, coupables de harcèlement doivent également connaitre les conséquences -d’un point de vue pénal-. Elles sont très lourdes et le plus souvent méconnues des adolescents. Une information indispensable pour dissuader d’autant que le harcèlement a pris une nouvelle ampleur avec l’arrivée d’Internet et des réseaux sociaux.

Menaces de morts via SMS, fausses rumeurs douteuses qui se répandent comme un virus sur la toile ou encore des injures sur les réseaux sociaux. Il existe plusieurs formes graves de harcèlement que décrypte Hélène Romano dans son livre « Harcèlement en milieu scolaire ». Elle met en évidence quelques critères essentiels du cyber harcèlement. Le premier est le temps : le harceleur peut œuvrer à n’importe quel moment de la journée, Internet n’a aucune limite d’espace ou de temps contrairement au milieu scolaire. Ensuite vient l’anonymat qui permet à l’agresseur d’attaquer et d’installer « un climat de suspicion insupportable pour la victime qui ne sait plus à qui faire confiance ».

Des faits qui corroborent les propos de Gisèle Kerdain, psychologue à la Maison des Adolescents de Vannes, qui reçoit 850 adolescents par an, victimes de ces persécutions.  « Sur les réseaux sociaux, la haine est décuplée, en effet, le harceleur a ce sentiment d’être invincible de par son anonymat, caché derrière un pseudonyme. On peut le remarquer lorsqu’une personne connue dans le monde -donc plus exposée- peut recevoir une vague de haine qui nous dépasse. »

Cependant, certains établissements ne laissent aucune place au harcèlement, aussi mineur soit-il. C’est d’ailleurs le cas du Lycée St Joseph de Vannes qui compte très peu d’élèves harcelés au quotidien. Pour éviter tout évènement dramatique, l’établissement ne perd pas de temps pour agir. « Quand j’ai vent de ces histoires, je reçois le/les harceleurs avec le directeur adjoint, dans un premier temps il y a premier échange qui est perçu comme un avertissement et s’il y a récidive, on sanctionne. » Une sanction définitive qui peut aller jusqu’à l’exclusion de la personne accusée des faits « En général, le harceleur ne récidive pas puisque qu’on lui fait comprendre que s’il recommence, ce ne sera pas à la personne harcelée de quitter l’établissement mais bien à lui. »

Des associations et des organismes pour combattre le harcèlement scolaire

Face à ce fléau, certains ont pris les devants pour dire STOP. En Bretagne on recense quelques associations comme « Dans les yeux de Léa » à Ploërmel, dans le Morbihan. Cette association est née suite à un évènement dramatique d’une petite fille alors scolarisée en CM2. Sur le site de l’association on y retrouve son histoire « Elle a été victime de harcèlement pendant près de trois ans (…) Ce qu’elle a subi a abouti à son agression très violente, par cinq enfants de sa classe, en plein milieu de la cour (…) Léa a cru vivre les derniers instants de sa vie ». Sur ce même site, on peut apercevoir son visage qui raconte tout le sens du nom de l’association qui porte son nom « Ces yeux magnifiques ont vu toute la violence de ses agresseurs… Et le fait de ne pas être reconnue victime aux yeux des maîtresses et des parents ! Tous ces coups qui ont cassé son corps et ses rêves ! C’est en croisant son regard que j’ai tout compris… » – Laurence, vice-présidente de l’association et Shan secrétaire

Mentionnée précédemment, « La Maison des Adolescents » faisant partie d’une branche du service de l’Etablissement Public de Santé Mentale du Morbihan (EPSM) propose plusieurs aides pour les adolescents en souffrance. Cet organisme dispose d’un personnel professionnel qui permet à des adolescents qui viennent du collège ou du lycée d’être pris en charge dans les meilleures conditions qui soient « On a un travail de prévention à travers l’écoute. Écouter les problématiques des jeunes en souffrance, elles peuvent être diverses (peine de cœur, souffrance, problèmes familiaux). Dès qu’on a compris cette problématique, on agit en faisant appel aux parents ou soit à notre réseau. »

Aujourd’hui, le nombre d’élèves harcelés dans leurs établissements scolaire a diminué grâce à des mesures prises par le gouvernement ces cinq dernières années, notamment par Mme Najat Vallaud Belkacem, ancienne ministre de l’Éducation. Cette dernière en avait fait une priorité lors de son dernier mandat : « Le harcèlement va à l’encontre des valeurs défendues par l’école : le respect de chacun, l’acceptation des différences, l’apprentissage de la citoyenneté. La loi du plus fort ne peut pas régir les rapports entre élèves » disait-elle lors d’un communiqué de presse dans le cadre d’un plan « anti-harcèlement scolaire ». Néanmoins, il ne faut pas oublier le travail réalisé par les associations comme « Dans les yeux de Léa » qui permet aux enfants persécutés par d’autres élèves d’avoir une voix et de la faire entendre pour dire STOP.

[1] School Bullying : veut dire “Harcèlement scolaire” en anglais

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