ENSEIGNEMENT MONTESSORI : L’ENFANT AU COEUR DE L’APPRENTISSAGE

La pédagogie Montessori, symbole d’une vision diversifiée de l’éducation, semble,depuis plusieurs années séduire de nombreux parents français. Cet enseignement fondé en 1907 par Maria Montessori, originaire d’Italie, bouscule les codes de l’école traditionnelle. Ces établissements proposent un apprentissage basé sur l’autonomie, la confiance en soi, et la créativité de l’enfant. Zoom sur cet enseignement alternatif.

 

Une pédagogie orientée vers l’enfant

A la rentrée 2019, 113 écoles Montessori ouvraient leurs portes en France. Depuis quelques années, elles fleurissent dans l’hexagone. Illustration dans le Morbihan, où les écoles primaires Montessori de Larmor-Baden, de Vannes ou de Ploemeur accueillent de plus en plus d’enfants. Parallèlement, des ateliers s’inspirent de cette pédagogie, pour proposer un accès à cette éducation. En Bretagne, Aurélie Douguet a ouvert son local dans le centre-ville de Vannes depuis septembre 2019, où elle dirige des ateliers destinés aux tous petits.

Placer l’enfant au premier plan de son développement, tel est le crédo de l’enseignement Montessori. Cette vision de l’éducation n’est pas nouvelle. En 1907 à Rome, la médecin Maria Montessori découvre les bienfaits de l’observation de l’enfant et applique sa méthode dans les quartiers défavorisés de la capitale Italienne. Rapidement, elle s’aperçoit que le développement de l’enfant s’inscrit dans son individualité.  L’individualité, voici la force de cette pédagogie alternative. Pour apprendre, évoluer, s’enrichir, l’enfant grandit en harmonie avec ses capacités personnelles et le milieu dans lequel il vit, et ce dès le plus jeune âge. Au cours de ses ateliers, Aurélie Douguet mise sur l’observation pour comprendre l’enfant et lui proposer un accompagnement adapté. Les activités se déroulent en douceur, l’enfant choisit ce qui l’attire le plus “Il faut que l’enfant puisse aller lui-même vers le travail qui l’intéresse “ affirme-t-elle.

Le local d’Aurélie Douguet situé rue Traversière dans le centre-ville de Vannes

Une tendance éducative non sans limites

Par ailleurs, cet enseignement profite d’un phénomène de mode. Il est à noter que malgré l’essor des écoles Montessori, aucune institution n’encadre ce mode d’enseignement. De ce fait, chaque école est libre d’utiliser ses propres méthodes, selon son bon vouloir. Et pour cause, Maria Montessori, à l’initiative de cette pédagogie, n’a pas déposé de nom pour certifier sa méthode.  Par conséquent, s’assurer de la qualité de l’enseignement Montessori peut être délicat pour les parents, qui placent souvent beaucoup d’espoir sur cette pédagogie. Aurélie Douguet alerte sur le fait que les écoles Montessori ne font pas des enfants plus intelligents que l’école traditionnelle “Il s’agit d’une aide à la vie mais le potentiel de l’enfant lui appartient, en tant qu’adultes enseignants nous ne sommes qu’un maillon de la chaine”. De son côté, Magali Tréholan, parent d’élève et professeur dans l’enseignement supérieur semble satisfaite de l’enseignement Montessori donné à l’école Nicolazic de Vannes « J’ai des attentes concernant l’enseignement Montessori mais pas d’exigences, les professeurs mettent des ressources à disposition des enfants, les enseignants sont présents et sont attentifs au rythme de chacun ». Pour Magali Tréholan, le petit effectif de l’école primaire est un atout, favorisant ainsi le lien parents-professeurs et le fonctionnement de ces derniers.

Nouvelle limite, financière cette fois, liée aux frais de scolarité des écoles. Si les écoles Montessori sous contrat d’Etat bénéficient de subventions pour alléger les coûts, les prix des établissements hors contrats s’avèrent onéreux. Ainsi, les parents, souvent déçus par l’enseignement classique, sont désireux d’offrir un enseignement de qualité à leurs enfants et sont prêts à débourser une somme conséquente. Néanmoins, en tant que maman, Magali Tréholan justifie le coût de l’enseignement Montessori donné à l’école Nicolazic de Vannes “Notre fille est scolarisée dans une école sous contrat d’Etat, les prix sont les même qu’une école privée traditionnelle”.

Pallier les difficultés du système éducatif actuel

Alors que la pédagogie Montessori séduit, le système éducatif actuel suscite la controverse. Entre les différences de niveaux au sein d’une même classe, les programmes surchargés et les effectifs qui ne cessent de croître, la qualité de l’enseignement français est remise en question. Aurélie Douguet pointe les failles de ce système où le groupe est priorisé, laissant peu de place à l’accompagnement personnalisé. Pour elle, il n’est pas cohérent d’apprendre aux enfants un unique modèle d’apprentissage quand la richesse réside dans la diversité et l’individualité. Partir du principe que nous pouvons être évalués à l’échelle nationale est une erreur pour celle qui dirige les ateliers Montessori dans le centre-ville vannetais. “Par exemple, à la maternelle, un enfant né en fin d’année aura une évolution différente d’un enfant né en début d’année. A cet âge, une année creuse un écart conséquent dans le développement” déplore Aurélie Douguet. Lors de ses ateliers, elle prend le temps d’observer l’enfant pour lui proposer un travail en cohérence avec sa personnalité. « Lorsque j’ai entamé un travail avec Louis, un petit garçon originaire d’Afrique, nous avons passé du temps à explorer ses origines. Par exemple, nous avons situé son pays de naissance sur la carte, pour comprendre sa culture, ses racines, c’est ce dont il avait besoin au moment précis » explique Aurélie Douguet.

Mais le système éducatif actuel semblerait poser problèmes à d’autres égards durant la scolarité des jeunes.

Autres dysfonctionnements, les classes surchargées et le manque de temps des professeurs face à la densité des programmes. Dès le collège, les programmes scolaires se chargent en même temps que les effectifs, un véritable handicap pour les élèves en difficultés qui ne profitent pas d’un accompagnement adapté. En parallèle, le manque d’individualité dans la prise en charge de l’éducation se ressent au moment des études supérieures. Magali Trelohan a pu l’observer en tant que professeur à la faculté. Certains étudiants s’orientent vers un parcours d’études supérieures par défaut. “Les jeunes sont là sans vraiment savoir pourquoi, ils manquent de motivation car on ne leur a pas appris à écouter leurs centres d’intérêts” pointe-elle. D’après l’enseignante, la pédagogie Montessori apporte un bagage avantageux en termes de découverte personnelle, une composante nécessaire pour choisir une filière adaptée et trouver sa voie professionnelle. De son côté, Magali Trelohan n’est pas inquiète quant à l’avenir des enfants inscrits dans les écoles Montessori, elle souligne “Je n’ai aucune inquiétude, surtout pour la fac, qui requiert une maturité et une autonomie enseignée par la pédagogie Montessori”. En effet, les valeurs Montessori basée sur la découverte, la confiance et l’autonomie l’enfant, confèrent une plus-value acquise tôt et indispensable pour la vie professionnelle.

 

Montessori, la solution ?

Souvent comparées, les distinctions entre l’éducation Montessori et l’apprentissage traditionnel s’illustrent tant sur la philosophie de l’enseignement que par leur application.  Pour pallier les failles d’une éducation nationale universelle, il s’agirait de refonder les principes du système éducatif actuel. Pour autant, les enseignants ne disposent pas des outils nécessaires pour chaque élève. “Je ne reproche rien aux enseignants, c’est le système scolaire actuel qui est défaillant” argumente Magalie Tréholan. En accord avec cette réflexion, Aurélie Douguet refuse de blâmer l’ensemble des professeurs “Dans les établissements traditionnels, il y a de très bons enseignants, tout comme certains sont trop exigeants dans les écoles Montessori, toutes les pédagogies sont bonnes du moment qu’une rencontre a lieu avec la personne en face de soi” reconnait-elle.

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