THOMAS LURTON, SKIPPER : TOUTES LES ROUTES MENENT AU RHUM

Thomas, c’est tout d’abord un jeune homme curieux, qui a soif d’aventure. Depuis tout petit, il navigue avec sa famille. « Mon premier souvenir, je devais avoir cinq ou six ans, c’était avec mon père et ma famille, sur un petit bateau qu’ils avaient acheté.»

Par la suite, c’est toujours aux côtés de ses parents qu’il part, durant l’adolescence, pendant une année sabbatique voyager sur un voilier. « J’ai toujours été un peu bercé là-dedans, mais sans réaliser que, moi aussi, je pouvais être marin ou encore naviguer. Je ne considérais pas ça comme un vrai métier ». Pourtant, son père, qui a lui-même été skipper, l’inspire et est un véritable exemple, « c’est le numéro un dans le secteur pour moi. C’est normal, c’est mon gourou, mon mentor. »

Le déclic survient plus tardivement, durant ses études à Milan, dans un domaine assez éloigné de la voile. « Pendant mon master en cursus politique, j’avais vraiment un besoin de retrouver la mer, à tel point que j’allais régulièrement sur le lac de Côme ». C’est à partir de ce constat qu’il se tourne vers des domaines moins abstraits que ceux que l’on voit sur les bancs d’un master en philosophie, « Ce n’était plus ce que je recherchais, je n’apprenais plus. La voile à ce moment-là m’a paru être le moyen de concilier mes envies de maritime, de voyage mais également de continuer à apprendre ».

Il a alors un projet en tête, acheter un bateau et prendre le large. Il a un coup de cœur pour Moxie un trimaran au grand palmarès. Un bateau où l’on peut reconnaitre le coup de crayon de Dick Newick, un architecte surnommé le sorcier du Maine dans le milieu, qui a dessiné et crée les premiers trimarans de course. Un savant mélange entre une marine polynésienne et des lignes douces. Une signature de ce qu’il se faisait dans les années 80. Un bateau dont il parle avec amour, comme il pourrait parler d’une femme « il a une certaine élégance, on ne peut que tomber qu’amoureux d’un bateau comme ça. »

Fortune de mer

C’est en ramenant son trimaran, que l’aventure commence. « On a été à Gibraltar de nuit, ce qu’il ne faut pas faire, contre le courant et contre le vent. On avait peu de temps pour y aller. Nous étions alors contre la terre, côté espagnol, proche du rail des cargos ce qui est très dangereux. A ce moment-là, le moteur nous lâche, Il faut mettre les voiles et se dépêcher. Suite à ça on voit une lumière au loin, on l’éclaire, une grande voile noire, le bateau avançait relativement vite, un catamaran de sport, l’équipage faisait ça sans lumière. Ils sont passés très près de nous, sur le coup j’ai eu assez peur. » De retour à terre, le bateau part pour une remise en état, « il était presque laissé à l’abandon lorsqu’on est allé le chercher ». Ponçage, peinture, stratification, résine, nouveau jeu de voiles, rien n’est laissé de côté.

Il va s’agir maintenant de s’entrainer sur le trimaran afin de mieux comprendre son comportement sur l’eau et gagner en confiance. Parallèlement,  l’idée est de louer le bateau pour des sorties d’entreprises, ou encore s’associer avec une association pour permettre par exemple à des enfants malades de naviguer. Ce début de projet s’accorde donc avec la découverte du bateau, « la performance, ce n’est pas vraiment ce qui va primer pour cette année et dans la navigation en générale. C’est une année d’apprentissage, c’est très initiatique, je suis entouré de skippeurs formidables pour la course et d’un point de vue personnel. » C’est dans la baie de Quiberon, « un terrain de jeu idéal » qu’il s’entrainera d’ici quelques mois. Sur du plus long terme, l’un de ses rêves serait de participer à la Route du Rhum en catégorie multi 2000. Pour ce passionné du large, faire une course seul en mer n’est pas quelque chose qui l’effraie, ce qui prime pour lui, c’est la santé du bateau « j’ai plus peur pour le bateau, les risques, ce n’est pas quelque chose auquel on pense ou auquel on a envie de penser ».

La voile est un milieu particulier qui a cependant tout de suite plu au jeune skipper, « les gens que j’ai pu rencontrer sont humbles, gentils. Peu importe d’où tu arrives ça ne compte pas vraiment on te prend comme tu es. Je me rends compte que c’est convivial, des gens proches, sur l’eau il n’y a pas de chichis, on est nous même un peu à nu, on ne peut pas tricher. Je trouve que c’est très facile d’accès et ça, pour moi qui suis jeune dans la profession c’est vraiment génial ». Un état d’esprit qu’il compte faire sien, « Je trouve que l’humilité en mer c’est quelque chose de primordial. J’apprends à l’être, ce n’est pas forcément facile tous les jours, on pense parfois être fort alors qu’en réalité on ne l’est pas. ». Ce sont alors d’autres marins du Golfe qui vont l’inspirer, à l’image de Charlie Chapelle, un mentor admiré face à qui il va devoir concourir, « avec son trimaran jaune, on le reconnait de loin, on sait qui est à la barre et c’est un marin d’expérience donc forcément ça c’est une référence ». C’est un métier qui semble lui correspondre aujourd’hui tout à fait, « je crois que ça tombe vraiment bien car je n’avais aucune idée de ce que je voulais faire. ». Cependant, lorsqu’on lui demande s’il se voit faire ça toute sa vie avec les sacrifices que cela demande, notamment avec une vie de famille, le côté polymorphe du skipper ressort, « Je n’en ai aucune idée, mais ce qui est sûr c’est que la curiosité me poussera à faire d’autres choses soit en parallèle soit à la place de ça mais pour le moment l’instant présent, le kairos, je vais skipper et ça me plaît ». Il reste tout de même une certitude, il fait partie des skippers à suivre de près pour les prochaines années.

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