LES FEMMES SE CONSTRUISENT UN CHEMIN DANS LES MÉTIERS DU BÂTIMENT

Le secteur des métiers du bâtiment est traditionnellement perçu comme masculin, pour autant, les femmes souhaitent montrer qu’elles ont leur place. Nous sommes allées à la rencontre d’apprentis et de professeurs au CFA de Vannes.

Dans un secteur de métiers constitué à 97 % d’hommes, les femmes peinent parfois à trouver leur place. On retrouve notamment cette inégalité dans les salaires, où une vraie différenciation entre les hommes et les femmes existe. Pourtant, force est de constater que de plus en plus de femmes choisissent le chemin du bâtiment. Souvent à des fonctions juridiques ou administratives, elles représentent 25 % des postes salariés dans l’artisanat de fabrication et 11 % dans le BTP (Bâtiment et Travaux Publics). La mixité du secteur évolue donc mais les mentalités et idées préconçues demeurent. Nolween, comme beaucoup d’autres femmes qui choisissent cette voie, souffre régulièrement de remarques sexistes telles que « tu serais mieux en CAP Coiffure ». Pour autant, l’étudiante en CAP couverture au CFA du Bâtiment de Vannes ne voit pas les choses de cette façon « J’ai passé mon enfance à bricoler avec mon grand-père dans son atelier. Alors, rester enfermée de 9 à 17 heures dans un bureau, ce n’était pas pour moi ! […] Grâce à ma famille, j’ai souvent entendu parler du métier de couvreur et je me suis dit : pourquoi pas moi ? ». 

Inégalités physiologiques ?

Dans le bâtiment, une femme est autorisée à porter 25 Kg de charge contre 55 Kg pour un homme de plus de 18 ans. Ce critère de pénibilité du travail est donc le plus usité pour justifier le manque flagrant de mixité dans le secteur. Les étudiantes font d’ailleurs souvent l’objet de remarques, « c’est un boulot de mec, tu ne peux pas faire ça ».

Néanmoins, la mixité au travail commence à poser question auprès des hommes, qui constatent une augmentation de la féminisation du secteur. Quentin, 22 ans, assurent qu’ils « n’ont pas un métier facile mais si elles [les femmes] sont motivées, pourquoi pas. C’est vrai que nous avons de grosses journées, on doit porter des charges lourdes. La force physique reste importante ». Pour les entreprises, embaucher une femme est souvent synonyme de perte de temps, alors elles choisissent de s’embaucher elles-mêmes en créant leur propre société. Selon la Fédération Française du Bâtiment, une entreprise sur deux est dirigée ou codirigée par une femme, ce qui représente 18,4 % des femmes du bâtiment. À noter que la Bretagne se situe en tête de ce classement, la région comptant 34,12 % de femmes à la direction d’une TPE (Très Petite Entreprise).

Politique de féminisation

Depuis les années 2000, la Fédération Française du Bâtiment (FFB) s’est engagée dans une politique volontariste en faveur de la féminisation du secteur. Cela passe tout d’abord par la multiplication des femmes en formation initiale ou en reconversion professionnelle. Le corps enseignant milite à leur côté pour changer ces mentalités ancrées dans les esprits et est un soutien indispensable pour les jeunes femmes qui osent pousser les portes de cette voie patriarcale. Max Le Vételé, enseignant couvreur depuis plus de 20 ans, explique que “De nombreuses femmes sur les chantiers, ou même en tant qu’apprentie, n’aiment pas ce terme de « couvreuse », c’est trop proche de « couveuse ». Voilà pourquoi, en règle générale, on les appelle des couvreurs aussi.”

Cette politique de féminisation passe ensuite par le renforcement des actions de communication. Afin d’éviter aux autres femmes des remarques désobligeantes “tu ne devrais pas faire ça, tu vas abîmer tes mains”, leur visibilité dans les médias est primordiale. La parution d’une étude « Femmes dans le bâtiment : l’image et les représentations sociales du bâtiment » en Février 2002 a été l’élément déclencheur. Divers articles ont suivi. L’année 2008 a connu le lancement des trophées « Bâtir au féminin ». La Fédération décide de renforcer son action auprès de ses adhérents afin de convaincre un plus grand nombre de chefs d’entreprise de recruter du personnel féminin dans les équipes.

 Et dans les autres secteurs du bâtiment ?

La lutte contre les préjugés n’est pas seulement présente dans les métiers de couverture, ils persistent aussi dans ceux du carrelage par exemple. “Quand je dis aux autres que je suis carreleuse, les gens rigolent ou le prennent même mal parfois” nous confie Justine, apprentie. “Pour eux, une femme ne peut pas exercer cette profession. Ce métier est censé être réservé aux hommes.” Du haut de ses 17 ans, elle commence sa vie professionnelle dans les métiers du bâtiment et croit fermement en une évolution des mentalités.

Christian LENOIR, enseignant carreleur, confirme que le métier du bâtiment a besoin de femmes. Pour innover, pour créer et transformer. Les femmes souhaitent participer aux rénovations ou à l’amélioration de l’environnement. “Elles sont autant capables que n’importe qui de réaliser des choses utiles, concrètes et durables. Il faut seulement que le secteur les intègre davantage et accepte de leur donner des responsabilités, honnêtement adaptées à leurs compétences. »

 Des conseils pour les femmes qui souhaitent se lancer dans cette voie ?

Nolween, comme de nombreuses autres étudiantes, refusent de se laisser influencer par les esprits formatés « Epanouissez-vous dans le domaine qui vous intéresse, quel qu’il soit. Ne laissez pas les autres nuire à vos ambitions, sinon vous ne ferez rien dans la vie ». Max Le Vételé confirme « Il ne faut pas hésiter, il faut foncer. Venez nous rejoindre ! ». Les promesses de mixité sont donc à l’ordre du jour dans le secteur du bâtiment.

Soline Le Page et Héloïse Le Jallé

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